I. L'histoire

Un jour de décembre 2009, Jean-Luc Vigneux m’a appris qu’il venait de recevoir un manuscrit écrit de la main d’Henry Carnoy. Ce cahier intitulé Patois Picard, Vocabulaire appartenait à M. Jacques Dufaux qui en a fait don à ch’Lanchron. Il provient du grenier de son grand-père, Alfred Gosselin, de Querrieu. Ce dernier fut certainement un ami d’Henry Carnoy, ce qui expliquerait qu’il ait été en possession de ce document. Ce cahier, inédit à ce jour, a donc été scanné par Jean-Luc qui m’en a ensuite communiqué les images. Et c’est ce que je vous propose de découvrir maintenant.

Cet ouvrage n’est pas daté, mais fait référence à des travaux et des publications d’octobre 1879, ce qui prouve que son élaboration date de l’année 1880 au plus tôt. Compte tenu, en outre, des activités de son auteur pendant les décennies suivantes, il ne semble pas que cet ouvrage soit postérieur à 1880 ou 1881. Il est sûr que ce fut avant 1888, puisqu’à cette époque, Henry Carnoy ébauche une deuxième version destinée à être imprimée chez Dupret, éditeur à Paris (voir annexes B). Quoi qu’il en soit, ce travail qui, à ma connaissance, est le seul qu’Henry Carnoy ait écrit sur la langue picarde, montre, s’il en était besoin, qu’il maîtrisait parfaitement celle-ci. On ne peut que regretter que, par la suite, il n’y ait plus consacré ne serait-ce qu’un peu de son temps.

II. Quelques remarques préalables

H. Carnoy a utilisé des symboles diacritiques qui ne sont pas ou plus en usage actuellement, ce qui a, bien sûr, posé quelques problèmes techniques. En particulier, il a fallu utiliser un corps de 14 points pour rendre les enrichissements suffisamment visibles. Suivant les polices disponibles sur votre ordinateur, il est possible que l’affichage soit un peu déficient, je m’en excuse, mais je n’ai pas trouvé d’autre moyen pour vous transmettre ces documents dans leur intégralité. Le soulignement utilisé par H. Carnoy a été remplacé par une mise en italique *. Certaines lignes du manuscrit sont raturées, elles ont été reproduites dans la même forme. Par exemple la ligne :
  ò est la brève du son français ô dans pôle, rôle, etc. avec la même nature de son  
est rayée, alors que le symbole ò est utilisé dans le vocabulaire ! De même trouve-t-on, toujours dans le vocabulaire, des entrées qui ont été surchargées d’une croix au crayon ; on les retrouvera ici suivies d’une x entre parenthèses comme, par exemple :
  acutí (x)    Écouter.  

Je me suis permis de remplacer le ā du manuscrit par un â pour éviter qu’on ne le confonde avec ã. Cela ne crée aucune méprise puisque, en picard, H. Carnoy n’a pas utilisé le â ; de plus, cela faisait partie de ses intentions comme le prouvent les docu­ments de la page annexes B.

Comme on peut l’apprendre dans la biographie qui suit, H. Carnoy s’appelait, à l’état civil, Émile Carnoy, ce qui explique qu’on trouve dans son introduction les initiales C.E. ; par contre, il a signé toutes ses œuvres imprimées du nom de Henry Carnoy.

Pour les deux contes qui terminent cet ouvrage, la graphie de H. Carnoy n’a pas été respectée à la lettre, car contrairement à ce qu’il annonce dans l’introduction, il y a utilisé de nombreux symboles spéciaux. Si son projet avait abouti, il les aurait sûrement fait disparaître. C’est donc ce que j’ai fait pour ne garder que et ğ comme il en avait lui-même l’intention.

III. Les petits plus !

Les nombres entre crochets avec une petite plume de chaque côté renvoient aux numéros des pages du manuscrit, comme    [024]    par exemple. Il n’est pas impossible que vous puissiez un jour consulter ces pages…

N’hésitez pas à promener votre souris sur le texte de couleur verte, cela peut vous révéler des renseignements supplémentaires. Si, en plus, il y a soulignement, c’est un lien vers une autre page ou même un autre site. D’autre part, dans la partie Vocabulaire, passer la souris sur une entrée de couleur verte permet de voir comment on orthographierait ce mot dans ch’Lanchron ou sur le site des Diseux. Et puis la cerise sur le gâteau : si une phrase est de couleur verte et qu’elle est en italique, cela veut dire qu’au passage de la souris on peut entendre le son correspondant !

En ce qui concerne les noms latins de plantes ou d’animaux comme (Populus alba, L.), ils ont été écrits en rouge brique et l’initiale L. désigne le naturaliste Carl von Linné ; Jus. est évidemment Jussieu (1699-1777) célèbre botaniste ; Temm. désigne très vraisem­bla­ble­ment Coenraad Jacob Temminck (1778-1858), zoologiste néerlandais ; de même Serv. évoque sans doute Jean Guillaume Audinet-Serville (1775-1858), entomologiste français. Je pense que Fab. est là pour Jean-Henri Casimir Fabre, (1823-1915), qui était, entre autres, un éminent entomologiste. Pour les champignons, Pers. serait Persoon (1755-1837) mycologue né en Afrique du Sud. Enfin, Tourn. semble être l’abréviation pour Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708), premier botaniste français à avoir publié un ouvrage sur les champignons.

La partie Annexes A du menu contient les textes publiés par Henry Carnoy et auxquels il fait lui-même allusion dans son Vocabulaire du Patois picard parlé à Warloy Baillon. La partie Annexes B contient les clichés de quelques feuilles volantes qui accompagnent le cahier et qui permettent de connaître quelles étaient, vers 1888, les intentions d’Henry Carnoy concernant ce manuscrit.

Jean-Pierre Calais (avril 2011)
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* voir, par exemple, à ce sujet l’ouvrage Orthotypographie de Jean-Pierre Lacroux (2007) où on peut lire, à la page 71 du tome II :
« Préparation de copie. On souligne d’un trait continu ce qui doit être composé en italique. »